New York, le 11 avril 2012
Le Duryodhana, une statue du Xe siècle en grès représentant un guerrier de la mythologie hindoue, est au coeur d’une enquête visant la maison de ventes Sotheby’s de New York. La prestigieuse société est soupçonnée d’avoir tenté, début 2011, de mettre en vente en connaissance de cause une statue volée il y a plusieurs dizaines d’années dans un temple hindou au Cambodge.
En février 2011, l’antiquité khmère, mesurant 1,5 m et estimée entre 2 et 3 M$ (1,5 à 2,2 M€), avait été retirée d’une vente au dernier moment suite à une réclamation du gouvernement cambodgien. Sotheby’s avait accepté ce retrait, mais avait conservé l’œuvre, contestant l’hypothèse qu’elle ait été volée dans un temple durant les troubles politiques qui ont touché le Cambodge dans les années 1960 et 1970. Des investigations menées par le procureur new-yorkais Preet Bharara semblent pourtant accréditer la thèse que non seulement l’œuvre a effectivement été volée, mais que certains responsables de Sotheby’s ne pouvaient l’ignorer au moment de donner leur accord pour la vente.
Selon le site Internet du New York Times, des recherches de l’archéologue français Eric Bourdonneau font part de la présence de la statue dans le temple de Prasat Chen sur le site de Koh Ker dans les années 1960. Les pieds de la statue se trouvent toujours sur son piédestal dans ce temple. Par ailleurs, Emma C. Bunker, l’experte qui a réalisé le catalogue pour Sotheby’s, aurait elle-même averti à l’époque la maison de ventes que le gouvernement cambodgien considérait cette statue comme volée.
Ces éléments ont poussé le procureur à poursuivre officiellement Sotheby’s pour contraindre la société à restituer la statue. Sotheby’s a alors fait part de sa déception, car un accord existait entre l’État cambodgien, le bureau du procureur et la maison de ventes, qu’aucune procédure judiciaire ne serait lancée tant que des négociations seraient en cours.
Les propriétaires sont les héritiers d’un collectionneur belge d’art ancien qui avait acquis l’antiquité aux enchères en Angleterre en 1975. Selon le site Internet du New York Times, une des solutions proposées par le Cambodge était de favoriser l’acquisition, par un collectionneur hongrois, de la statuette pour 1 M$. Ce collectionneur en aurait alors fait cadeau au Cambodge en gage de bonne volonté. Cette solution amiable ne semble aujourd’hui plus d’actualité.