New York, le 15 novembre 2012

C’est un fait : Sotheby’s a été accusé de supercherie lors de la vente d’une statue khmer. La statue d’environ 225 kilos était censée être mise en vente en mars 2011, mais la vente fut annulée du fait que le Cambodge ait exigé qu’elle lui soit restituée. Les procureurs fédéraux n’ont aucun doute quant à un complot entre les commissaires-priseurs et le propriétaire de l’œuvre qui visait à dissimuler que la statue avait en fait à l’origine été volée dans un temple en 1972. On dit que la statue provient d’un temple de la dynastie khmer – Prasat Chen – qui fait partie d’un caste complexe appelé Koh Ker.
Bien que Sotheby’s nie ces accusations, et prétende que le gouvernement américain ait sélectionné ces informations fournies par d’autres commissaires-priseurs pour la persécuter, le gouvernement est certain que la statue fut importée aux Etats-Unis avec un affidavit inexact. De plus, en conformité avec la requête de Sotheby’s, il fut établi que la statue n’était pas un bien culturel appartenant à un site religieux.
En outre, des questions restent sans réponse, quant au moment où la statue a réellement quitté le Cambodge, mais avant tout quant à un éventuel geste pour empêcher le déplacement de la statue des autorités cambodgiennes à ce moment-là. L’œuvre serait l’une des mille statues qui auraient été pillées pendant la guerre civile du Cambodge dans les années 1970, et qui serait ensuite passée entre les mains d’un collectionneur – inconnu à ce jour. Sotheby’s aurait alors omis de répertorier son nom afin d’éviter toute traçabilité de l’œuvre. Le collectionneur l’aurait ensuite vendu à un marchand londonien, Spink & Son, connu aujourd’hui sous le nom de Spink. En 1975, la statue asiatique fut achetée par le mari d’une femme belge, Decia Ruspoli di Poddio Suasa, et demeura en sa possession jusqu’à ce qu’elle soit cédée à Sotheby’s pour être mise aux enchères.
Le gouvernement accuse Sotheby’s d’avoir fourni « des informations inexactes à de potentiels acheteurs, au Cambodge et aux Etats-Unis », une acte passible de pénalités d’ordre civil et criminel. Les autorités s’appuient sur une preuve honteuse, un e-mail envoyé par un agent de Sotheby’s à l’universitaire khmer Emma C. Bunker : « Si j’arrive à repousser la provenance jusqu’en 1970, alors les musées américains peuvent prendre part la vente aux enchères sans aucune gêne ».