Washington, le 9 mai 2011
L’exposition « Shipwrecked : Tang Treasures and Monsoon Winds » prévue pour 2012 à la Smithsonian Institution suscite la controverse autour du pillage des épaves.
En 1998, des pêcheurs de concombre de mer découvrent une épave au large de l’Indonésie. À l’intérieur, les pêcheurs découvrent plus de 60.000 objets de porcelaine et de céramique dans ce qui s’avère être l’une des plus importantes épaves découvertes à ce jour. Le gouvernement indonésien ne prend alors aucune mesure pour empêcher le pillage de cette embarcation arabe vieille de plus de mille ans, avant finalement d’engager Seabed Exploration, une société allemande spécialisée dans les extractions sous-marines.
La plupart de ces objets sont actuellement à Singapour dans le cadre de l’exposition « Shipwrecked: Tang Treasures and Monsoon Winds ». Le gouvernement a en effet acheté pour 32 M$ la plus grande partie du butin à Seabed Exploration, ne laissant au gouvernement indonésien qu’une poignée d’objets d’une valeur de 2.5 M$.
Jusque là, la controverse restait cantonnée en Asie du Sud-Est. Depuis que le Smithsonian Institution a annoncée qu’elle accueillerait l’exposition 2012, la polémique fait rage aux États-Unis. L’établissement américain fait en effet partie du Council of American Maritime Museums dont l’éthique précise qu’aucun de ses membres ne peut exposer des œuvres issues de vols ou d’exploitations commerciales. Selon Kimberly Faulk, membre de l’Advisory Council on Underwater Archaeology, exposer des objets issus d’un pillage « reviendrait à dire que la chasse aux trésors et le pillage sont autorisés ».
Mais tout le monde n’est pas de cet avis. Julian Raby, qui dirige les galeries Freer et Sackler à la Smithsonian Institution, affirme que ces œuvres n’ont pas été pillées puisque que l’entreprise a été engagée de manière légale par le gouvernement indonésien pour extraire les objets de l’épave. L’archéologue Michael Flecker, qui a travaillé avec Seabed à l’excavation, va plus loin. Selon lui le gouvernement indonésien n’a pas les moyens de surveiller ses eaux territoriales et a donc « fait du mieux qu’il pouvait pour éviter la destruction de l’épave » en engageant Seabed pour mener une « excavation commerciale responsable ».
La controverse est loin d’être terminée. Devant l’accumulation de plaintes à l’encontre de l’exposition « Shipwrecked », la Smithsonian a tenu une réunion exceptionnelle le 25 avril. Une annonce devrait être faite fin mai quant au maintien ou non de cette exposition.