Statue khmère chez Sotheby’s : la polémique continue

New York, le 19 avril 2012

La vive polémique autour du Duryodhana une statue khmère du Xe siècle, continue. Propriété d’un collectionneur belge qui l’a acquise en 1975, et estimée entre 2 et 3 M$, la statue de guerrier khmer avait été retirée au dernier moment d’une vente, fin février 2011, par Sotheby’s sur réclamation du gouvernement cambodgien, avec le soutien des États-Unis et de l’UNESCO. En effet, de nombreux indices tendent à prouver que la statue a été volée au début des années 1970 dans le temple de Prasat Chen à Koh Ker, alors que le Cambodge était en pleine guerre civile.

Le gouvernement américain avait, au début du mois d’avril 2012, demandé la saisie de l’œuvre, mais un juge de Manhattan a décidé que celle-ci resterait sous la garde de Sotheby’s. D’une part parce qu’aucune preuve d’une quelconque activité frauduleuse ne pouvait être retenue contre la maison de vente aux enchères à ce stade de l’enquête, et d’autre part parce qu’un déménagement de l’imposante statue faisait porter un risque sur sa conservation.

De son côté, Sotheby’s maintient, selon un article publié sur le site Liveauctioneers.com, que la vente de la statue dans ses locaux est parfaitement légale, aussi bien sous l’angle de la loi américaine que de la loi cambodgienne, soulignant que le propriétaire actuel disposait de titres de propriété officiels de plein droit depuis près de 40 ans, et que sa bonne foi était indiscutable. De plus, la maison souligne que la thèse du vol ne repose que sur quelques indices, et qu’aucun élément ne peut réellement prouver à quel moment ni sous quelles circonstances la statue a été retirée de son socle.

À l’inverse, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer le comportement de Sotheby’s, et battre en brèche la prétendue bonne foi du vendeur de la statue. Ainsi, l’archéologue britannique Paul Barford déclare-t-il, sur son blog consacré au rapatriement d’œuvres volées :

« Qu’est-ce que ça veut dire, “de bonne foi” ? Comment peut-on acheter un objet identifié comme de style khmer, dont le bas vient d’être tranché, et provenant d’un pays dont on entend tous les jours des reportages nous dire qu’il est le lieu d’une guerre brutale ? Comment peut-on parler d’achat de bonne foi \[…\] alors qu’il n’y a pas de permis d’exportation ? Je ne vois pas en quoi cela est plus de bonne foi que d’acheter à la sauvette un iPad neuf dans sa boîte d’origine, à prix cassé, juste après les émeutes de Londres. »

Selon le site d’informations judiciaires Entlawdigest.com, la prochaine audience des responsables de Sotheby’s devant le procureur est fixée au 20 juin 2012.